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Xavier Drong, Le mot sur la langue Du travail de Xavier Drong, on ne saurait dire d’un mot ce qu’il est : Figuratif ? Mais quelle langue inconnue travaille alors ces images si présentes mais que nous ne pouvons, sans certitude, reconnaître ? Abstrait ? Ces peintures ont clairement pris leur source dans l’abstraction américaine d’après-guerre à laquelle elles sont redevables non seulement des grands formats, du caractère immédiat de l’image peinte mais même de cette technique da prima (qui n’empêche pas les repentirs, mais alors laissés pour tels) sur des toiles de coton dont Morris Louis et Frankenthaler se firent les chantres après Pollock. Biomorphiques ? Certes, et au premier sens du terme, puisque le dessin de Xavier Drong trouve sa source initiale dans les anciens ouvrages d’anatomie qui, avec leurs planches de larynx et d’arrière-gorges, donnent forme à ses coulées de peinture. Mais ses images en suspens sont d’abord biomorphiques comme le fut, là encore, une partie de la peinture américaine en train de se découvrir à commencer par De Kooning : fragments de corps arbitrairement découpés et désormais sans fonction mais tirant de leur origine spécifique une charge singulière qui épargne toute gratuité du dessin. Naturaliste, alors, pourrait-on croire ? Si ce n’est que la peinture de Xavier Drong est d’abord une réponse de peintre aux peintres qui l’ont précédé. Ceux, bien sûr, déjà mentionnés mais tout autant Francis Bacon travaillant l’image par champs colorés et usant du contraste entre la toile brute et les nuances raffinées de la couleur ou surtout Picasso, dont l’extraordinaire Baiser, fascinant et repoussant, morsure tout autant que caresse, est sans conteste à l’origine de ces cascades d’angles qui dernièrement sont venues déchirer l’ondulante suavité des formes coutumières de ses tableaux. Rien pourtant dans le travail de Xavier Drong d’un souci de " peinture cultivée " - cet avatar vite oublié de la peinture post-moderne d’un besoin de citations rassurantes. C’est au cours même du travail de peinture que se font ces rencontres. Ainsi, par exemple, les longs rythmes horizontaux qui traversent musicalement ses toiles, si proches dans leur conception des idées de Clement Greenberg sur le all-over, tiennent pourtant moins à un souci d’orthodoxie moderniste qu’au besoin du peintre de trouver une nouvelle respiration après une première série d’œuvres fondées sur la verticalité et l’empilement des formes. On a beaucoup glosé, à la suite du concept architectural de post-modernisme, sur ce que pourrait être une peinture post-moderne. On y a souvent vu l’occasion d’une sorte d’auberge espagnole où citations (et bien souvent redites plus ou moins conscientes) puisées à toutes sources viendraient légitimer l’impuissance du peintre à produire une image neuve. Peut-être aurait-il mieux valu étendre ce terme de post-moderne comme une occasion de concilier en un hybride inédit ces deux contraires apparemment inconciliables de l’art moderne au XXe siècle : figuration et abstraction. C’est justement ce qui se trouve à l’œuvre aujourd’hui dans le travail de Xavier Drong. © Daniel Abadie, 2004 |
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