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Ambivalence Plus le travail de Xavier Drong avance plus sa peinture semble se départir de tout ce qui pourrait sembler témoigner de près ou de loin d’un sentiment de certitude. Non pas que la peinture de Drong s’affaiblisse, ou paraisse émaner d’un artiste qui ne saurait dans quelle direction avancer. Mais, de façon bien plus fine – et plus fructueuse – parce que ses toiles (et surtout les plus récentes) plongent celui qui les regarde dans un monde de sensations ambivalentes. C’est charnel mais c’est abstrait, c’est sensuel mais c’est agressif, c’est accueillant mais c’est aussi, en même temps, menaçant. En même temps : en d’autres termes, un même motif- si l’on peut désigner ainsi ces formes organiques qui peuplent ses tableaux – peut susciter au même moment deux sensations apparemment contraires. Le plaisir et la douleur, le dur et le doux… Jamais, de fait, la peinture de Xavier Drong ne fut celle de l’évidence assénée. Il y a quelques années, ses formes, au lieu de s’enlacer, semblaient se superposer en un équilibre précaire. Exercice d’instabilité d’un peintre à la recherche d’une harmonie provisoire. Puis il s’est mis, progressivement, à passer de l’empilement à l’entrelacement, affirmant le caractère profondément charnel de son abstraction. La naissance du tableau semblait soumise à l’accouplement des formes colorées. Comme aujourd’hui, dira-t-on. Oui, à un détail près, et, en peinture, qu’y a-t-il de plus important que les détails ? Je veux parler d’un motif, ou plutôt d’un geste : cette ligne sombre et zigzagante qui vient violemment s’immiscer au sein même des formes les plus propres à évoquer la chair voluptueuse. Je parle de geste, ici, et de ligne, parce que, contre la tentation qui est celle de tout regardeur consistant à chercher cette part de réel qui se cacherait derrière le plus abstrait (alors ici des dents ? une charpente ? ou que sais-je encore, selon l’imagination de celui qui regarde) je crois qu’il s’agit d’abord d’un geste de peintre. Quelque chose comme une biffure : une façon d’apporter la contradiction, ou le repentir, dans un univers peut-être par trop univoque. Et de l’apporter, précisément, en introduisant un autre langage plastique au sein de ce qui était jusqu’à présent sa manière de peindre. Comme l’on porte le fer dans la plaie. Le travail de Xavier Drong avance par la critique. Aux violentes ruptures de ses débuts, qui lui ont permis de trouver son lieu en peinture, succèdent aujourd’hui des bouleversements plus discrets, mais non moins importants. Introduire ces étranges striures dans un univers de formes rondes et de couleurs charnelles, c’est prendre le risque de faire pénétrer le disharmonieux dans l’harmonieux. Prendre le risque, ou plutôt mesurer soudain ce qu’il y a de fructueux à mettre en présence des formes qui s’affrontent, à introduire un langage qui semble tiré de la bande dessinée dans l’univers « classique » de la peinture abstraite contemporaine. Bref, à pousser jusqu’à l’extrême ce principe de composition que l’on appelle contraste. Drong avance parce qu’il a compris la puissance que sa peinture pouvait tirer de la mise en présence de tensions inconciliables. Mais aussi parce que, faisant cela, il a accompli un pas de plus vers son humanité : sa force et ses contradictions non réglées. Pierre Wat, 2005 |
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