Dans les tableaux de Xavier Drong, il y a de l’entrelac et de la langue, des enlacements. Ou plutôt il y a deux formes autonomes, toutes de rondeurs et d’excroissances, qui s’interpénètrent. Les formes y combinent le charnu suggéré par le modelé qui volumétrise certaines rondeurs et la planéité que donnent le peu d’épaisseur de la matière qui les dessine et les éclaboussures de peinture qui tombent ici et là. Elles se détachent sur un fond neutre pour se donner à voir comme images à regarder mais aussi à interpréter. Comme chez plusieurs de ses contemporains, l’artiste choisit ici la langue de l’abstraction, mais sans empêcher, tout au contraire, les délices de la suggestion iconographique et de la similitude. Mais nommer les images (là, dans l’esprit) que ces images (ici, sur la toile) à leur tour font surgir risque de n’être valable que pour celui qui parle ou écrit. Tout au plus avancera-t-on que sur chaque toile deux formes entretiennent un rapport caractérisé par l’imbrication, la projection et l’enveloppement, rapport qui n’est pas sans rappeler celui que nous présentent les imageries microscopiques de la fécondation (la création, affaire de l’abstraction en peinture depuis l’origine et pas seulement dans ses moments biomorphiques !), mais avec les frottements et les grincements que suggèrent ces formes en dents de scie qui parfois ponctuent la cavité où passe l’excroissance allongée. Sans la contrer par le lisse et le froid de la technologie (comme peut le faire David Reed par exemple), Xavier Drong reprend ici une thématique visuelle baroque particulièrement dynamique, de celle qui laisse penser face à telle Annonciation du Titien que l’ange va continuer son chemin vers la Vierge tout agitée qui le regarde, n’était le rai de lumière divin qui les sépare en la touchant. Rendue abstraite, cette thématique s’incarne en même temps dans des formes grotesques, qui rappellent celles des bandes dessinées à la Crumb et font songer aux coupes anatomiques de quelque monstrueux baiser (mais je ne sache pas que les céroplasticiens du passé les plus imaginatifs se soient jamais essayés à un tel exercice) à moins que ce ne soit un bizarre passage de témoin, qui tiendrait aussi bien de la main chaude que de la transmission par piston. Si l’abstraction est affaire de distance et la figuration d’identification, alors les tableaux de Xavier Drong entrelacent simplement l’une à l’autre, en les chargeant d’affects (de ceux qui transforment la distance en répulsion et l’identification en attirance). Sa langue est ductile, les sensations qu’elle suscite pour le moins contradictoires.
Eric de Chassey, 2005 |
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